Un site refait proprement, mis en ligne un lundi. Trois semaines plus tard, le téléphone sonne moins et le trafic a fondu de moitié. Le nouveau site est plus beau, plus rapide, mieux écrit, et il rapporte moins que l’ancien.
Ce scénario n’a rien d’une fatalité, et il n’a rien à voir avec une pénalité de Google. Il a une cause unique dans l’immense majorité des cas : les anciennes adresses ne mènent plus nulle part. Voici la méthode pour que cela n’arrive pas.
Le principe, en une phrase
Google ne connaît pas votre site, il connaît ses adresses. Chaque page indexée est une adresse à laquelle il a associé un sujet, une réputation et des liens venus d’ailleurs. Le jour où cette adresse disparaît sans rien dire, tout ce qui y était attaché disparaît avec elle.
Une redirection permanente, dite 301, sert exactement à ça : dire « cette page a déménagé, voici sa nouvelle adresse ». Google transfère alors l’essentiel de ce qu’il avait appris.
Étape 1, l’inventaire des adresses, avant tout le reste
Cette étape se fait avant de dessiner quoi que ce soit, et elle ne se fait pas de mémoire.
Trois sources à croiser.
- Le plan de site actuel, à l’adresse
votre-site.fr/sitemap.xml. Il liste ce que le site déclare.
- La Search Console, rapport d’indexation, qui liste ce que Google connaît vraiment, y compris de vieilles pages que vous aviez oubliées.
- Vos statistiques des douze derniers mois, qui disent lesquelles reçoivent encore des visites.
De ce croisement sort un tableau : une ligne par adresse, avec ses visites sur un an. C’est le document de référence de toute la refonte, et il vaut mieux y passer deux heures que de le regretter pendant six mois.
Étape 2, la correspondance, ligne à ligne
Pour chaque ancienne adresse, une décision, et une seule.
| Cas | Décision |
|---|
| La page existe à l’identique dans le nouveau site | on garde la même adresse, pas de redirection |
| La page existe sous une autre adresse | redirection 301 vers la nouvelle |
| La page est fusionnée avec une autre | redirection 301 vers celle qui reprend le sujet |
| La page disparaît et ne recevait aucune visite | on la laisse répondre en page introuvable |
| La page disparaît mais recevait des visites | redirection vers la page la plus proche du besoin |
La règle qui fait tout le travail : une redirection mène à la page qui répond au même besoin. Rediriger tout ce qui a disparu vers la page d’accueil est le raccourci le plus tentant et le plus destructeur, parce qu’une redirection sans rapport avec la page d’origine est traitée comme une suppression.
Étape 3, ce qu’on garde de l’ancien site
Une refonte réussie n’est pas une page blanche.
Les contenus qui fonctionnaient. Si une page reçoit des visites depuis deux ans, son texte a une qualité, même si sa mise en page a vieilli. On la reprend et on l’améliore, on ne la réécrit pas de zéro par principe.
Les titres de référencement. Ils ont été appris par Google. Les changer tous le même jour ajoute une variable inutile à un moment où l’on veut justement pouvoir comprendre ce qui bouge.
Les adresses, quand la structure reste valable. C’est la meilleure des protections : la redirection qu’on n’a pas eu besoin de poser.
Les pages légales et la politique de confidentialité, à condition de les mettre à jour, pas de les recopier.
Étape 4, la bascule et les sept jours qui suivent
Le jour J, les redirections doivent être en ligne en même temps que le nouveau site. Pas le lendemain.
Puis on surveille, pendant une semaine, quatre choses.
- Les erreurs d’exploration dans la Search Console. Une page introuvable qui apparaît est une redirection oubliée.
- Le nombre de pages indexées, qui peut fluctuer, mais ne doit pas s’effondrer.
- Les formulaires et les appels, testés à la main. Un formulaire qui ne part plus ne se voit dans aucune statistique, il se voit à l’absence de demandes.
- La courbe de trafic, comparée à la même période de l’année précédente et non à la semaine d’avant, sinon la saisonnalité fausse toute lecture.
Ce que ça change de le faire dans cet ordre
Le plan de redirections écrit avant la bascule, ce n’est pas une précaution de perfectionniste : c’est la différence entre une refonte qui fait progresser et une refonte qui remet le compteur à zéro. C’est aussi, dans les devis que nous voyons passer, la ligne qui manque le plus souvent.
Chez nous, elle fait partie du travail, elle n’est pas une option. Quand nous reprenons un site existant, l’inventaire des adresses est la première chose que nous produisons, avant même de parler de maquette. Ce n’est pas la partie la plus gratifiante d’un projet, c’est celle qui protège ce que vous avez déjà construit.